Bonjour chacune et chacun,

Cela fait une semaine que nous sommes consignés à résidence en France.

Cette mesure de confinement nous confronte à l'autorité et aux limites. Force est de constater que l'esprit de rébellion n'est pas l'apanage des ados ...

Dans une précédente lettre, j'ai souligné l'importance de l'émotion peur. Pour se sentir mieux, il est fondamental de la reconnaitre, de la nommer, de lui donner sa juste place, faute quoi elle prendra toute la place, envahira votre espace psychique et vous empêchera d'accueillir vos autres émotions et besoins.

La frustration et la colère peuvent aussi s'inviter. Là encore, il est important de les reconnaitre et de les nommer, plutôt que de les ravaler et de "prendre sur soi". Gare à l'effet cocotte-minute sinon !

La colère arrive lorsque nous ne nous sentons pas respectés ou écoutés. En période de confinement lorsqu'on est contraint de vivre h24 en famille dans un espace clos, l'espace vital que nous revendiquons risque d'être fortement malmené. Il faut en plus alors y intégrer les obligations et activités habituellement pratiquées dans un lieu et un environnement différents : télétravail, école à la maison, sport, auxquels s'ajoutent les tâches quotidiennes nécessaires à la bonne marche de la maison ...  D'autant plus que cette situation de confinement est partie pour durer.

Face à ces contraintes et afin d'éviter d'être rapidement transformée en martyre, harpie ou victime (ou les 3 à la fois) voici quelques suggestions qui peuvent changer la donne :

Tout d'abord, parler, expliquer : à vos enfants, à votre conjoint, aux personnes qui partagent votre vie. Les enfants ont besoin de savoir, ils ont besoin de mots clairs. Ils ont aussi besoin de vous. Or, comment être "ressource" si on est soi-même dans la peur ?

Et puis se rappeler que ce ne sont pas les vacances. Les horaires doivent être respectés comme "avant". La notion de rythme est fondamentale : le rythme donne du sens à ce que nous faisons, cela rassure, permet de se situer dans le temps. Le rythme est présent partout : dans les saisons, dans la nature, la parole, la musique. Le rythme nous aide à vivre, à nous structurer. Le corollaire du rythme est l'autodiscipline. Lorsque l'on travaille à l'extérieur, notre cadre est différent et nous aide à rester concentré sur notre tâche. A la maison, les sollicitations sont permanentes et très tentantes : le canapé nous tend les bras, les bips des smartphones nous invitent à la discussion ou à porter notre attention ailleurs ...

Dans le contexte de confinement actuel, il est important de mettre en place un cadre, un planning, une "to do list", en mode "tout doux liste". Non pas avec des injonctions (il faut, je dois, je me dis que ...) mais avec des permissions ET de l'organisation. Et de couper son téléphone pour se réserver des moments à soi.

En fonction de l'histoire propre à chaque personne et de l'étape qu'elle traverse actuellement dans son développement personnel, cette mesure de confinement peut-être vécue de différentes façons :

Elle peut être confortable, comme un cocon protecteur. Nous n'avons rien à "prouver", le regard des autres ne vient plus nous juger ou nous "obliger".

Elle peut aussi stimuler notre côté "rebelle" et nous pousser à enfreindre l'autorité, à tester les limites qui nous sont imposées.

Elle peut également s'avérer anxiogène, par manque de repères (pas de date prévue pour la fin du confinement, situation économique bouleversée, virus inconnu) qui peuvent nous ramener à des situations traumatiques de notre enfance lorsque notre environnement ne s'est pas montré suffisamment protecteur.

En tant qu'êtres humains, nous sommes des êtres sociaux : " l'homme est un être sociable, la nature l'a fait pour vivre avec ses semblables" (Aristote). L'obligation actuelle de confinement va donc contre notre nature profonde si elle nous prive de liens sociaux et d'interactions avec nos semblables. Or, rien ne nous oblige à nous replier sur nous-même.

En cette période d'assignation à résidence, nous pouvons ouvrir nos fenêtres (au sens littéral et au sens symbolique) : nous entendrons les oiseaux, le calme, le silence et nous pouvons respirer à pleins poumons. Nous pouvons nous donner la permission d'être inventif, créatif. D'abord pour son plaisir personnel, puis pour partager nos idées, savoir-faire, avec d'autres.

Chacune et chacun de nous a la possibilité de trouver sa juste place dans le contexte actuel. Je pense à toutes les personnes qui partagent sur le net leur savoir-faire, leur créativité, leurs connaissances. Je pense aussi à l'aide aux devoirs en ligne, aux groupes de conversation pour créer du lien, pour prendre des nouvelles de personnes avec lesquelles nous avions pris de la distance, "faute de temps". 

L'opportunité nous est donnée en ce moment de redéfinir nos priorités.

Face à l'urgence, nous nous retrouvons face à nous-même.

Nous prenons la mesure de ce qui nous est essentiel, de la finitude de la vie et des valeurs que nous voulons mettre à l'honneur pour donner un sens à notre vie.

 

Prenez bien soin de vous et de vos besoins (ce sera le thème d'une prochaine communication).

Chaleureusement,

Christine

 

Christine Saint-Dizier, Art-thérapeute et Psychopraticienne, accréditée par la FF2P